Coups de coeur

Tous à la plage

 

La plage
Sol Undurraga
éditions l’agrume – 16,00 € – à partir de 2 ans

Plage

Dans un village au bord de la mer, une nouvelle journée commence. De l’aube – avec le départ des pêcheurs – à la nuit – propice aux promenades – cet album nous présente de manière originale une journée à la plage. La vie est présente tout au long de la journée et l’on voit les différentes communautés, travailleurs puis vacanciers se succéder sur cet espace qu’ils partagent à des heures différentes. Les illustrations, au style graphique très marqué fourmillent de détails. Petit plus, le lecteur attentif peut également suivre, page après page, un groupe d’animaux dans leurs aventures loufoques.

Agnès Godin, La Cabane à Lire, Bruz

Voilà l’été…voilà l’été…

 

Comment maximiser (enfin) ses vacances
Anne Percin
Rouergue – 14,90 € – 
à partir de 12 ans

PIERCIN

Et soudain, ça m’a frappé comme la foudre. J’ai réalisé que ça y était, pour de bon ! On allait vraiment partir, tous les huit ! Mon groupe, mes potes, ma zouz et moi….C’est tout moi, ça. Je fonce tout seul au combat en poussant des cris de guerre, et quand je me retourne pour voir si mon armée me suit, je m’aperçois qu’ils sont tous restés au camp à manger des nouilles. 

Maxime a eu son bac, raté Science-Po mais trouvé un contrat sur la côte Atlantique pour jouer avec son groupe de rock. Il embarque toute sa tribu dans cette épopée : son groupe bien sûr mais aussi sa petite amie, ses deux meilleurs amis ( une mention spéciale pour « sa Kevinerie ») et … sa petite sœur. à eux le festival des moules d’Arcachon, la vie au camping, les engueulades, les amours d’été et la musique, toujours la musique. C’est Maxime, héros imparfait, bourré de défauts, irritant mais irrésistiblement drôle et attachant, qui va nous raconter son été en s’adressant directement à nous, lecteur.

Même si l’on n’a pas lu les précédents volets (c’est le quatrième titre de la série) on peut se plonger avec délices dans les aventures loufoques de Maxime et de sa bande, les notes de bas de page, drôlissimes, résumant parfaitement la situation.

Un roman qui respire la joie de vivre, même dans les moments de tension, idéal pour les vacances, à déguster sur la plage ou à l’ombre au camping ; On s’y voit déjà. Pour ceux qui ne partent pas, il faut prendre le temps d’écouter la play-list qui rythme la lecture, titres repris par le groupe de rock ou écoutés dans la voiture descendant vers le sud. Cette bande son est l’occasion de découvrir, ou redécouvrir, des groupes que l’on n’aurait peut-être pas écouté …

Agnès Godin, La Cabane à Lire, Bruz

VOYAGE(S)

La lecture Bretagne, j’écris ton nom 2017
vous invite aux
VOYAGE(S)
cet été dans les Cafés-littéraires en Bretagne

UNE BJTN 2017 - Carte Postale Bretagne

Treize escales littéraires à l’ombre de nos terrasses autour des œuvres de Anne Bihan, Colette, Guénane, Claire Guézangar, Karin Huet, Liza Kerivel, Marie Lefranc et Dorothée Letessier. La voix singulière de ces auteures est portée par la comédienne
Camille Kerdellant accompagnée par Alain Philippe.

Camille et Alain II

Programme complet & calendrier des escales en un CLIC :
Affiche – programme – Bretagne, J’écris ton nom 2017

 

Bien cachés…

élo
Bien cachés…
éditions Sarbacane – 16 euros – avril 2017
Dès 18 mois

Bien cachés...

Autour de cinq écosystèmes – la banquise, la forêt, le désert, la mangrove, la mer – élo décline chaque paysage d’où surgissent faune et flore. Ce superbe album s’ouvre sur la banquise entre blanc et bleu turquoise… Derrière glaciers et monticules de neige se dissimulent renard polaire et ours blanc, phoque et morse, pingouins et rennes, sterne arctique et macareux. Dans le ciel, les nuages dévoilent les oies des neiges et il suffit d’abaisser l’iceberg pour découvrir les fonds marins entre bélougas et narvals.

la banquise

Derrière chaque décor naturel développé sur une double page très colorée, les rabats révèlent les animaux, oiseaux, insectes qui parfois se détectent à fleur de mare. Ainsi la grenouille dont les yeux se voient au premier coup d’oeil et qui donne envie de soulever le cache. Et là, le corps du batracien se déploie dans l’eau où se côtoient silure, tétards et gardon. Les couleurs sont adaptées à chaque paysage et le désert nous offre une superbe variation de jaune et d’orange dessinant des dunes de sable d’où surgissent les oreilles du coyotte et une mangouste en alerte. A leur rythme, les enfants glissent sur la banquise, s’invitent dans les troncs d’arbres, écartent les arbustes, traversent les nuages, se perdent dans la mangrove et plongent dans le grand bleu. Ils y décèlent un nombre impressionnant d’espèces dont certaines portent un nom mystérieux : solifuge, lézard à doigts frangés, périophthalme, arénicole…
Au plaisir esthétique et ludique porté par Bien cachés…, élo ajoute la joie de la découverte et le goût de l’apprentissage…

L’écrivain abominable

L’écrivain abominable
Anne-Gaëlle Balpe – Ill.Ronan Badel
Coll.Pépix – éditions Sarbacane – 10,90 euros
A partir de 9 ans

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Voilà l’explication : Honk avait acquis des pouvoirs grâce au liquide bleu !
C’était vraiment le comble.
Manolo, qui détestait lire, se retrouvait avec une otarie écrivain !

Manolo n’aime ni l’école ni la lecture ni les autres élèves qui se moquent de lui ni la terrible Charlotte qui dénonce tous ses petits camarades. Seule Joanna lui semble sympathique. Manolo vit dans un cirque et ce qu’il souhaite, c’est répéter ses numéros avec son otarie HONK. Mais son père est intraitable : pas d’école buissonnière même le jour de la visite d’un célèbre écrivain qui s’avère machiavélique. Après avoir hypnothisé tous les élèves, il les enlève et les enferme dans un château piégé.
Heureusement, Manolo, Joanna, Charlotte, Mandy et Honk viennent à leur rescousse.

Ce roman initiatique très rythmé nous invite à suivre les aventures de Manolo, jeune circassien tonique et difficile à maintenir sur une chaise. Tant mieux car les péripéties se succèdent à un rythme effréné obligeant Manolo & ses trois amies à accepter et à miser sur leurs différences pour réussir les épreuves. Ils apprennent à s’écouter, à se faire confiance et à comprendre les pièges qui les attendent et qui sont consignés dans LE LIVRE de l’abominable Roland Dale. Ainsi, les enfants doivent leur liberté à leur habilité et au pouvoir magique des mots contre l’ignorance et la méchanceté. Un message salvateur accompagné par le dessin de Ronan Badel drôle, vif et plein de joyeux clins d’œil aux contes de notre enfance.

 

 

Coup de coeur jeunesse La bille d’Idriss

La bille d’Idriss
René Gouichoux et Zaü (ill)
éditions Rue du monde, 17,50 €
à partir de 6 ans

Idriss

 

Sur la route, sa mère l’entraîne par la main. Idriss n’emporte rien à part sa bille, sa seule bille, la plus belle bille qu’il lui fut jamais donné de contempler. 

Idriss a une bille, une seule. Aussi, le jour où il doit s’enfuir avec sa mère pour échapper aux hommes armés, il n’emporte que sa bille. C’est le début d’une longue route sur laquelle ils devront avancer, courir, grimper, se faufiler et marcher, marcher encore, tandis qu’Idriss serre toujours fort sa bille dans sa main. Car il le dit à sa maman qui parfois a un sourire triste, sa bille leur porte chance. Même quand elle manque lui échapper sur un le bateau, un de leur compagnon de route la rattrape.

C’est avec elle qu’il arrive sur une autre terre, une autre place où il va rencontrer un autre enfant qui lui apprendra son premier mot de « sa vie d’ici » : « bille » !

Il est parfois difficile de savoir comment parler des migrants qui fuient les persécutions, la misère et la guerre aux jeunes enfants. Voici donc un bel album, au texte simple mais évocateur qui permettra de poser des mots sur des faits souvent compliqués. On reconnaît au premier coup d’œil le dessin fort et expressif de Zaü, son trait noir et épais qui contraste si puissamment avec les couleurs vives des aplats. Le format allongé, à l’italienne, du livre nous parle de cette route qui n’en finit pas. Un album sur l’exil avec en filigrane la force de la solidarité et un message d’espoir, à hauteur d’enfant, sur les liens que l’on peut tisser ensuite, en territoire de paix. Il nous offre l’occasion d’échanger avec les enfants et, peut-être, de les aider à se construire.

Agnès Godin, La Cabane à Lire

Coup de coeur jeunesse Les Mûres

Les Mûres
Stéphane Poulin et Olivier de Solminihac
éditions Sarbacane – 15,50 euros

Les mûres

Pendant qu’il réfléchit, Marguerite va guetter les lézards au coin de la terrasse, où d’habitude ils sortent et se chauffent au soleil. Cet après-midi, aucun ne se montre.

Pourquoi ?, dis-je à Marguerite

Les lézards sont comme nous, Jim, répond-elle. Ils n’aiment pas les au-revoir.

Le ciel est en train de se vider de sa couleur. « Venez !  » fait soudain Michao d’une voix joyeuse, en enjambant la barrière du jardin. Marguerite s’élance à sa poursuite et moi j’en oublie de demander où il nous emmène, ou ce qu’il fait avec mon bol à la main.

On ferme les volets et on met les bagages dans la voiture ! C’est la fin des vacances ! Mais la douceur de vivre et les jours heureux invitent les personnages de l’histoire, Michao, Marguerite et Jim, et les lecteurs à faire encore un petit tour sur les chemins de montagne. On se promène, on respire, on profite de ces derniers instants. Les petites bêtes des champs, les fruits dans les arbres, les oiseaux et les papillons vont ponctuer cette balade bucolique, tranquille, joyeuse et l’aventure est au bout du chemin…

On cueille de belles mûres, un plein bol…Mais la cloche du village sonne le temps qui passe et il est donc l’heure de rentrer. Les Belles mûres seront emportées comme le dernier doux souvenir des vacances.

Un très bel album, pour petits et grands, qui nous rappelle que les petites choses de la vie la rendent encore plus belle et plus douce et qu’il faut apprendre à prendre le temps.

Valérie Fèvre, La Cabane à Lire

 

Abdellatif Laâbi & Le principe d’incertitude

Abdellatif Laâbi
Le Principe d’incertitude
éditions de La Différence, Paris, 2016

Les mots que j’ai élevés
nourris, vêtus, soignés
et lancés dans la langue
ne me reconnaissent plus
Je les soupçonne de nourrir à mon égard
de noirs desseins
Qu’ils aillent au diable !

L’humour jaillit dans la première partie de ce recueil intitulée La vipère et la corde et dans laquelle Abdellatif Laâbi nous dévoile ses pillages. Saisissement des mots qui se rebellent à leur tour et ce principe d’incertitude qui se dévoile et fait vaciller le poète. Alors l’absence de désir surgit

face au chaos du monde 
et son insaisissable réalité ?

et introduit Lassitude, un poème en guise de (vaine ?) révolte

Je suis las d’une époque pitoyable
obscène

IL nous entraîne ensuite dans un voyage imaginaire – l’ultime ? – solitaire où face à l’étroitesse des chemins, IL se métamorphose mi-homme, mi-oiseau pour échapper à la pesanteur du néant puis se recentrer, se reposer. Et, puis vient le temps de l’inventaire amer et douloureux qui s’apaise quand

Le dire
est revenu

Juste avant,  Fermé pour inventaire nous invite à une visite de l’atelier du poète, ce mouchoir de poche où les poèmes se forgent, le monde se pense, d’où Abdellatif Laâbi nous interpelle

Que voulez-vous ?
je me le demande
Peut-être rien
après tout
Vous voulez juste
que ce fou furieux
cesse de vous jeter des cailloux
Qu’il aille prêcher
dans un autre désert que le vôtre
Que la belle et si confortable routine
reprenne le dessus
Que la langue soit réduite
à ses plus simples expressions :
Passe-moi le sel
Ta gueule
Cliquez
Gagnez
Fuck Fuck Fuck
et tout est dit !

Abdellatif Laâbi OLNI

Abdellatif Laâbi
Le livre imprévu
Éditions de la Différence, Paris, 2009

De tâtonnement en tâtonnement, je me suis mis à revisiter des pans entiers de ma vie avec leur cortège de rencontres, de découvertes et de passions, tout cela en synchronie avec des expériences, des événements, des émotions, vécus au présent et dans le passé le plus proche.

ONLI : objet littéraire non identifié car ce qui devait être un journal intime s’incline à la page 43 face au cher pays d’Abdellatif Laâbi : le Maroc avec lequel il vit une relation passionnelle. Ce Maroc qui le happe, l’exile et l’éloigne de toute contrainte chronologique. Car, dès lors, la pensée du poète s’échappe et nous cheminons auprès de lui au gré de ses souvenirs, de ses réflexions, de ses engagements, de ses pays rêvés et fréquentés, de ses affections éternelles. De voyages immobiles en périples littéraires, la conversation avec Abdellatif Laâbi est légère ou profonde selon qu’il s’indigne ou s’enthousiasme, se remémore ou se moque. Son humour lapidaire se joue de nous, de lui, de l’agitation humaine. Ce récit est aussi un manifeste contre toutes les barbaries et pour la liberté comme cet hommage adressé à son ami Abraham Serfaty :

Ton honneur à toi, qui te survivra et servira d’exemple, espérons-le, est celui d’avoir été un homme libre à un tournant de l’histoire où beaucoup,
esclaves de leurs préjugés, se sont accommodés de la barbarie,
quand ils n’y ont pas trempé
.

La liqueur d’Aloès Jocelyne Laâbi

Jocelyne Laâbi
La Liqueur d’aloès
Éditions de la Différence, Paris, 2015

 

 

Etais-je préparée ? Je connaissais comme lui les risques que son engagement politique nous faisait prendre. On a beau savoir, quand cela vous tombe dessus c’est une tout autre affaire,
c’est un monde qui s’écroule. Et mon monde s’écroula ce jour-là
.

Elle, petite fille de 7 ans née à Lyon, traverse la Méditerranée car sa famille s’installe à Meknès au Maroc. Nous sommes en 1950 et cette enfant aux longues nattes et aux ongles rongés n’est autre que Jocelyne Laâbi, la narratrice. Au Maroc, elle apprend la lumière, le secret de famille – qui révélé l’éloignera de son père aimé – et rencontre la société marocaine. Elle éprouve sa liberté, écoute du jazz, suit des cours d’art dramatique et rencontre Abdellatif Laâbi qu’elle épouse en 1964. Le rythme du quotidien s’accélère entre la naissance des enfants et celle de la revue Souffles en 1966. Créée par des écrivains, plasticiens, intellectuels marocains, dirigée par son mari, la revue poétique heurte, par ses partis-pris esthétiques et ses engagements politiques, un pouvoir marocain arbitraire et archaïque. Tout bascule lorsque son époux Abellatif Laâbi est arrêté en 1972 puis emprisonné pendant huit années. Huit années de combat(s) qui sont racontées dans ce récit plein de vie, d’émotion et d’engagements.

Un jour, tu m’as ordonné la joie. J’ai compris que c’était nécessaire, que c’était vrai, vivant, et que nous tenions notre bonheur dans nos mains. Maintenant je suis heureuse et je sais l’être, je sais le reconnaître.

Jocelyne Laâbi retrace son parcours avec une sensibilité et une émotion si justes qu’elle nous donne le sentiment d’être à ses côtés lorsqu’elle découvre le Maroc, lorsqu’elle parle de son père, lorsqu’elle évoque les états d’âme de son adolescence, sa trajectoire de femme. Et puis vient la rupture, la vie sans l’être aimé, la peur de le perdre dans ces prisons marocaines à la sinistre réputation. Alors elle se bat sans rien cacher de ses découragements, de ses énervements, de ses élans, de son amour, de cette indépendance acquise dans ses années 70. Ses lettres écrites à son mari sont belles et bouleversantes et viennent ponctuer le récit de mots poétiques, profonds, plein d’élans et d’envies. Ces échanges épistolaires révèlent son énergie à construire leur amour et leur famille malgré la séparation, à soutenir son mari et leurs ami(e)s, à poursuivre le combat, à travailler et à vivre aussi… entre tout ça. Cette intimité partagée avec pudeur, humour, vérité nous capte et donne à ce récit une dimension universelle. La Liqueur d’aloès est un très beau portrait de femme et une ode à la liberté, à la résistance.