Chronique littéraire

Mon étrange soeur

Mon étrange soeur
Marie Le Gall
Ed.Grasset – 214 p. – 18 € – 2017

 

Dix neuf ans, oui. Tu avais dix-neuf ans de plus que moi. Sans doute m’avais-tu tellement appelée dans ton exil sur la Terre, dans tes rêves ou tes prières ! J’ai fini par t’entendre. J’ai fini par naître. Ce fut comme si j’étais sortie de toi et non de notre mère. Jouets d’un destin absurde,
deux soeurs unies dans un seul être, bancal, errant, perdu.

Ce nouveau roman de Marie Le Gall nous plonge dans une histoire singulière, puissante et émouvante portée par la folie et le secret de famille. La narratrice raconte le rapport complexe et viscéral qui l’unit à  son étrange soeur et leurs destins, comme en miroir, brisés par la maladie, l’absence, le silence et la douleur.

Qui étais-tu ma petite grande soeur ? Ma seconde maman…ma maman…ma blessure, ma jumelle… ma soeur, mon amour. Ma déraison.

L’auteure s’empare de ses souvenirs, des photographies, de l’écriture et remonte le fil de la mémoire familiale : l’année 1936 pendant laquelle le premier enfant naît dans des conditions difficiles. Son enfance et son adolescence – entre innocence et premiers débordements – puis l’arrivée du deuxième bébé, dix-neuf ans plus tard :

La soeur avait une soeur, si petite qu’on crut bien souvent
qu’il s’agissait de son enfant.

La narratrice revisite avec force et sensibilité les mythes et les mensonges pour faire émerger la vérité, trouver enfin sa propre place, échapper à l’enfermement et reprendre les rênes d’une vie empêchée. Une quête âpre, tendue et bouleversante.

Gaëlle Pairel, coordinatrice de la FCLB

 

Rencontres avec Marie Le Gall – Libres en littérature 2017
Prix du roman de la ville de Carhaix 2017 pour Mon étrange soeur
Le jeudi 19 octobre – 18h30 – Livres in Room – St Pol-de-Léon
Le vendredi 20 octobre – 20h30 – Médiathèque de Lampaul -Guimiliau partenaire de L’Ivresse des Mots

Informations & réservations :
Livres In Room – 02.98.69.28.41 – livresinroom@orange.fr
L’Ivresse des mots – 02.98.67.95.19 – ivressedesmots@orange.fr

Soirée littéraire avec Carole Martinez

LA TERRE QUI PENCHE
Carole Martinez
Editions Gallimard, 2015, 20€

A tes côtes, je m’émerveille.
Blottie dans mon ombre, tu partages ma couche.
Tu dors, ô mon enfance,
Et, pour l’éternité, dans la tombe, je veille.

La Loue – La terre qui penche, la rivière qui court – revient dans ce troisième opus de Carole Martinez. Cette rivière meurtrière ou aimante autour de laquelle les protagonistes de ce conte se rencontrent, se découvrent, s’aiment et se perdent. Blanche a 11 ans et son sort de princesse est peu enviable auprès de Martin, son père, châtelain violent et coureur de jupon qui la mène à la badine. Blanche rêve d’écrire et de lire mais il le lui interdit, lui qui ne veut pas que le diable s’empare d’elle. Promise à Aymon, enfant roi fou et solaire, elle quitte la demeure paternelle et se révèle dans cette nouvelle vie qui lui offre la connaissance, la liberté, l’amour . Elle va aussi apprendre auprès de la Dame verte l’histoire de sa naissance, celle de ses parents et s’émancipe pour toujours de ses peurs et de l’ignorance.

Je suis une femme à présent, une femme qui sait lire, je peux écrire en mon nom. Je briserai les badines sur les côtes de ceux qui m’en menaceront, je ferai la nique au diable et je mordrai les enfants qui jettent des cailloux aux pendus.
Bouc me l’a dit,
plus personne ne parviendra à me contraindre désormais
et mon père l’a compris.

La narration se construit à deux voix – celles de La vieille âme et de la petite fille – deux voix qui nous dévoilent au fil des chapitres le destin de Blanche. Révoltée par sa condition, Blanche incarne une petite fille malgré tout docile, assoiffée d’amour, de savoir et de connaissance. Nous sommes en 1361 en Bourgogne où la vie est âpre, où les croyances et la peur sont inculquées aux enfants, où l’homme, la femme, les animaux et la nature se lient et se côtoient entre amour et haine. Dans ce Moyen-âge cher à Carole Martinez, les femmes s’émancipent dans un monde brutal où la mort, l’oppression et la violence sont omniprésentes. Son écriture tendue, ciselée, poétique porte un texte picaresque où se mêlent la filiation, la quête de soi et la vertu de la connaissance. Cruel, sensuel et drôle, La terre qui penche nous ensorcelle littéralement.

Gaëlle Pairel, coordinatrice de la FCLB

Dans le cadre de Libres en littérature consacrée à l’enfance
Lectures vagabondes vous invite à une rencontre avec Carole Martinez
en partenariat avec la Médiathèque de Liffré

Mercredi 18 octobre à 20h

PROGRAMME COMPLET EN UN CLIC : ENFANCE(s) – 7ème édition Libre en littérature

 

Information & réservation :
Lectures Vagabondes – 28, avenue François Mitterrand 35340 Liffré
Tél. 02 99 68 59 32 – Mél. lecturesvagabondes@orange.fr – www.librairie-lectures-vagabondes.com

 

 

 

La première fois… Roman jeunesse

La première fois
que je suis tombée amoureuse

Nathalie Kuperman

Editions PlayBac  – 2017- 112 p. – 9,95 €
A partir de 10 ans

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Quoi ? J’étais jalouse, c’est ça ? Jalouse de ma meilleure amie ? Si c’était ça l’amour, je n’en voulais pas. Et d’ailleurs, pour me prouver que j’avais encore la maîtrise de mes émotions, j’ai fait le pari avec moi-même que je n’aurais pas moins
de 18 sur 20 au contrôle d’anglais.

Pauline perd – JUSTEMENT – le contrôle de sa vie de collégienne. Tous ses repères s’estompent à la seule vue de Gaétan, le nouveau hyper-craquant, aussi attentif que silencieux, aussi proche que mystérieux. Pourquoi a-t-il intégré la classe un mois après la rentrée ? Comment sait-il que Pauline est bonne en anglais ? Pourquoi est-il si en colère après Sarah qui triche pour échapper à un devoir en cours ? Pauline devient secrète, pleure sans raison, ment comme une arracheuse de dent, perd sa concentration et s’engage sur des montagnes russes émotionnelles.

La question principale était ailleurs. La question principale, c’était : pourquoi mon coeur battait si fort dès que je pensais à lui ? Je n’avais jamais ressenti ça. Je n’osais pas mettre un mot sur le ça qui a fait que, pour la première fois, je n’ai pas retenu un mot du cours de géographie. On étudiait la Chine, et si le prof m’avait interrogée, j’aurais été capable de répondre que Pékin se trouvait au Maroc.
« Il t’arrive un truc grave » me suis-je dit.

Cette jeune collection – Premières fois – met en scène les événements fondateurs qui vous projettent de l’enfance à l’adolescence. Nathalie Kuperman parle ici du premier amour à la fois attirant et follement inquiétant. Nouvelles sensations, émergence de sentiments confus, envie de fuir et de se laisser aller. Avec la peur toujours mêlée au plaisir. La première fois que je suis tombée amoureuse nous plonge avec justesse dans l’intimité d’une ado qui tente de comprendre ce qu’elle n’avait jamais ressenti auparavant. Un roman à offrir pour accompagner l’envol de toutes les Pauline et Gaëtan de l’hexagone.

Gaëlle Pairel, coordinatrice de la FCLB

A venir en 2018 – deux romans dans la même collection :
La première fois que j’ai (un peu) changé le monde, Martin Page
La première fois que j’ai rencontré ma grand-mère, Irène Frain

Trois coups de coeur du Chenal – Porspoder

FRANCESCO GATTONI
écrivains du Monde
éditions Magellan & Cie, Paris, 2016, 24 euros

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Mes traits fixés pour toujours sur une photographie me font
l’effet d’une dénonciation : tu es comme ça.

C’est une galerie de portraits. Certains nous décochent un regard franc, d’autres fixent quelque chose hors-champ dont nous ne saurons rien. Ce sont des écrivains et ce sont leurs portraits par Francesco Gattoni, photographe officiant pour Le Monde — d’où le titre. Dans cet album se rencontrent pourtant d’autres portraits que celui de l’écrivain par le photographe : le premier renvoie parfois par sa plume un portrait du second, ou du décor, ou de l’instant de la capture de l’image ou d’eux-mêmes qu’ils sont surpris de rencontrer de cette manière pour la première fois. Ce travail kaléidoscopique embrasse la richesse des lectures que permettent ces instantanés où la relation entre auteur d’images et auteur de mots est elle-même particulièrement incarnée.

Ce dialogue entre les portraits de Francesco Gattoni et les textes des auteurs — ou justement l’absence de ces textes pour certains — nous renseigne de façon ludique sur la personnalité de ces écrivains du monde, dans leur réalité et leur part de fiction.

 

Le Chenal - Porspoder

Le Chenal – Porspoder

 

YVES GAUTHIER
Gagarine ou le rêve russe de l’espace
éditions GINKGO, Paris, 2015, 20 euros

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La terre est le berceau de la raison humaine mais
on ne peut pas vivre indéfiniment au berceau.
Konstantin E. Tsiolkovski

 

La gravité est l’un des principes physiques les mieux admis pour tout terrien un tant soit peu rationnel. L’épopée Gagarine nous rappelle que ce principe vaut aussi pour la vie humaine : il n’y est pas d’ascension sans chute, là où la poussée vers l’azur requiert une force considérable. Le 12 avril 1961, Youri Gagarine est passé avec son Vostok dans l’ombre de la terre pour être pris dans la lumière médiatique le restant de ses jours. Jeune kolkhozien devenu apprenti fondeur, puis pilote amateur, il est le premier voyageur du cosmos. La lecture du parcours hors du commun de cet homme ordinaire et de ses camarades nous invite à un voyage au grès des fantaisies des savants soviétiques à l’aube de l’exploration spatiale, de la fabrique des héros du peuple et de ses rêveries bercées d’immensité.

Yves Gauthier dévie les lignes de l’écriture biographique pour nous rendre compte de la complexité de l’intrication entre les aspirations des individus et les desseins du pouvoir soviétique. L’auteur nous fait ainsi partager sa tendresse pour ces hommes et ces femmes, jeunes et vieux, qui ensemble ont ouvert les voies du ciel au reste de l’humanité.

 

Le Chenal - Porspoder

Le Chenal – Porspoder

 

GUSTAVE WIED
La méchanceté de la vie
éditions GINKGO, Paris, 2004, 19 euros

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Quand les ordures deviennent honorables et quand les gueux ont de l’argent,
c’est comme si les poules avaient des souliers vernis.

Gammelkobing (Trifouillis-les-Oies) est une petite ville danoise « gentiment calme et paisible », avec ses paysans, ses notables, ses originaux et son club de bourgeois débonnaires et ventripotents. Aux dires de tous, tout va pour le mieux dans le meilleurs des petits mondes. Jusqu’à l’arrivée du douanier Knagsted. Cet homme hirsute et misanthrope aux répliques assassines fait bientôt voler en éclats l’ordre établi des minauderies, des faux-semblants et des hypocrisies de tout poil, pourtant indispensables à la paix d’une société si étroite. Cette satire humaine et sociale nous régale de bassesse et de cruauté dans un monde de bourgeois satisfaits et d’humbles indigents aux rêves néanmoins tenaces.

Gustav Wied distille dans La Méchanceté de la vie une critique sociale fine et universelle. Le siècle qui nous sépare de cette œuvre ne semble pas avoir en avoir flétri le sens ni le goût du rire jaune.

Chroniques de Faustine Roué, libraire

Le nouvel opus de Désirée et Alain Frappier

Là où se termine la terre
CHILI 1948 – 1970
éditions Steinkis, 20 euros, 2017

J’ai pris de l’avance
dans mon récit
parce que c’est aussi ça l’exil
la permanence de la perte…

C’est l’histoire de Pedro, de son enfance au Chili « là où se termine la terre » selon son père Guillermo Atias, avocat et auteur condamné à l’exil en 1973 après le coup d’état contre Salvador Allende. C’est l’histoire du Chili et celle d’un monde en pleine effervescence où les peuples rêvent d’un monde plus juste et souhaitent s’émanciper de l’impérialisme américain et de l’appétit des puissants. C’est l’histoire d’un continent pour qui Cuba et le Che symbolisent cette liberté d’être et de choisir. C’est notre histoire racontée à travers le regard d’un enfant devenu jeune homme. C’est celle de nos rêves qui ne cessent de se cogner à la réalité brutale et répressive d’hommes et d’états prédateurs.

Désirée et Alain Frappier forment depuis leur premier album A l’ombre de Charonne (éditions Mauconduit) un duo talentueux et percutant. Chacun de leur album nous raconte l’histoire contemporaine à travers le destin singulier d’un personnage réel. Ce nouvel opus consacré au Chili et à la vie de Pedro est un véritable coup de maître qui confirme la force et la pertinence de leur travail d’auteur. Désirée signe ici une narration incarnée, tendue, richement documentée, à la fois singulière et universelle. A travers les souvenirs de Pedro qui est le narrateur, Désirée retrace les enjeux de la guerre froide et ses conséquences sur la vie des chiliens. Cette chronique vivante et passionnante est portée par une mise en page dynamique et la puissance du dessin d’Alain. La couverture révèle à elle seule la beauté, l’humanité et l’intensité qui se dégagent de son trait. La vie de Pedro et de son pays se poursuit puisque un deuxième tome est en cours d’écriture. Cette première partie s’achève sur une double page noire qui traduit l’obscurantisme dans lequel la dictature de Pinochet plonge le Chili. Comme de nombreux compatriotes, Pedro est arrêté :

Et tandis qu’on me dégringolera dans les escaliers,
tandis que j’entendrai les cris de ma mère,
je sentirai s’abattre sur moi le poids de la nuit…

Gaëlle Pairel, coordinatrice de la Fédération des Cafés-librairies de Bretagne

A SUIVRE EVIDEMMENT

Dans le cadre de la 7ème édition de notre manifestation Libres en littérature dont le thème, cette année, est ENFANCE(S), la Fédération des Cafés-librairies de Bretagne et les libraires ont le plaisir de vous convier à rencontrer Alain & Désirée Frappier :

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Mercredi 8 novembre à Livres In Room – St Pol – 29
Jeudi 9 novembre au Bel Aujourd’hui – Tréguier – 22
Vendredi 10 novembre aux Bien-aimés – Nantes – 44
Samedi 11 novembre à L’Autre Rive – Berrien – 29

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Programme complet en un CLIC : ENFANCE(s) – 7ème édition Libre en littérature

Le grand Youp’lala

Dorothy Clark – Becky Palmer
BOB et Lola
Le grand Youp’lala
éditions Sarbacane – 15,50 euros – 2017
à partir de 3 ans

J’ai soif ! s’écrie Bob.
Slurp…slurp…
Splash ! Oups ! J’ai renversé
mon jus…gémit Lola

Onomatopées à gogo, jeux de son & jeux de mots, jeux de rythme et jeux de comptage…Cet album est aussi vitaminé que le tube planétaire de Gene Vincent : Beep Bop a Lula. La fête se prépare et nous suivons les deux éléphanteaux dans les préparatifs de la soirée d’anniversaire de leur papa. Toute la journée, Bob et Lula s’en donnent à coeur joie. Ils aident leur maman sans oublier de s’amuser : sauter sur les passages piétons 1, 2, 3, glisser sur la rampe d’escalier ou dans les rayons du supermarché accroché(e) au caddie WOUIZ !, coller les étoiles TAC !, gonfler les ballons Ffff ! Ffff !, se déguiser en girafe et en crocodile scratch…, se cacher Chhhhuuut……Et, enfin dormir Zzzz ZZZZ ZZZZ !

Un album joyeux dont le rythme décoiffant nous emporte dès le saut du lit de Bob et Lola  jusqu’à leur coucher bien mérité (et celui de leurs parents !). En s’amusant au fil des pages, les petits se familiarisent avec les notions de temps et d’espace, de prudence et de témérité, de langage et de comptage. Le dessin vif et coloré fourmille de détails drôles et poétiques, son crayonné épouse à merveille l’agitation heureuse de cette maisonnée. Un livre qui invite à dévorer la vie.

 

Gaëlle Pairel, coordinatrice de la Fédération des Cafés-librairies de Bretagne

 

Etats d’âme ados

Bruna Vieira – Lu Cafaggi
Les secrets de Brune 
L’amie parfaite
éditions Sarbacane – 15,50 euros – 2017

J’ai décidé de changer d’école parce que je voulais fuir. C’est ça mon secret. Demain, c’est le premier jour de classe, et je n’ai aucune idée de comment ça va se passer. C’était censé être comme affronter une page blanche, mais la mienne est déjà toute griffonnée. Et j’ai peur de ce que les autres vont penser de moi.

 

Dès la première page de cet album, on pénètre dans la chambre de l’héroïne : l’antre de tout adolescent en proie à ses états d’âme. Pour des raisons que l’on ignore, Brune est en fuite de son passé. Elle est à la veille de la rentrée dans un nouveau collège et cette confrontation à un nouvel environnement lui fait peur. Elle nous confie ses coups de blues, son trac, ses espoirs en même temps que nous la suivons dans cette journée de tous les dangers. Comment s’habiller, se maquiller, être aux autres, se rassurer, s’aimer telle que l’on est, ne pas regretter ses choix ?

Bruna Vieira, jeune bloggeuse brésilienne, a posté son carnet intime sur You tube avant d’être publiée. Très suivie par sa génération, cette adolescente cherche sa place et part à la conquête de ses pairs du moins dans sa tête. Elle aimerait oser aller vers les autres mais ses rêves restent inachevés. La timidité l’emporte sur l’envie :

Allons-y…socialisons.socialisons…Avec…la classe. Avec la bande. Salut les copains

Très juste sur le vague à l’âme ado et la difficulté de devenir, les aventures de Brune sont illustrées par Lu Cafaggi, autre jeune blogueuse brésilienne. Le dessin est coloré, tendre, sensuel, subtil. Il incarne parfaitement les pensées et les émotions de la narratrice. Ainsi, Brune apparaît minuscule lorsqu’elle arpente les couloirs de son nouvel établissement. Et quand il s’agit d’affronter le regard des autres élèves, elle devient gigantesque et occupe tout l’espace quand elle voudrait disparaître.
Une chronique à la fois narcissique et ouverte à l’autre. L’héroïne souhaite créer le dialogue avec les lecteurs et lectrices en les interpellant et en échangeant play-list réconfortante et coups de coeur littéraires au fil des chapitres. Un joli album qui révèle le talent de deux jeunes brésiliennes en phase avec leur époque.

Gaëlle Pairel, coordinatrice de la Fédération des Cafés-librairies de Bretagne

 

Tous à la plage

 

La plage
Sol Undurraga
éditions l’agrume – 16,00 € – à partir de 2 ans

Plage

Dans un village au bord de la mer, une nouvelle journée commence. De l’aube – avec le départ des pêcheurs – à la nuit – propice aux promenades – cet album nous présente de manière originale une journée à la plage. La vie est présente tout au long de la journée et l’on voit les différentes communautés, travailleurs puis vacanciers se succéder sur cet espace qu’ils partagent à des heures différentes. Les illustrations, au style graphique très marqué fourmillent de détails. Petit plus, le lecteur attentif peut également suivre, page après page, un groupe d’animaux dans leurs aventures loufoques.

Agnès Godin, La Cabane à Lire, Bruz

Voilà l’été…voilà l’été…

 

Comment maximiser (enfin) ses vacances
Anne Percin
Rouergue – 14,90 € – 
à partir de 12 ans

PIERCIN

Et soudain, ça m’a frappé comme la foudre. J’ai réalisé que ça y était, pour de bon ! On allait vraiment partir, tous les huit ! Mon groupe, mes potes, ma zouz et moi….C’est tout moi, ça. Je fonce tout seul au combat en poussant des cris de guerre, et quand je me retourne pour voir si mon armée me suit, je m’aperçois qu’ils sont tous restés au camp à manger des nouilles. 

Maxime a eu son bac, raté Science-Po mais trouvé un contrat sur la côte Atlantique pour jouer avec son groupe de rock. Il embarque toute sa tribu dans cette épopée : son groupe bien sûr mais aussi sa petite amie, ses deux meilleurs amis ( une mention spéciale pour « sa Kevinerie ») et … sa petite sœur. à eux le festival des moules d’Arcachon, la vie au camping, les engueulades, les amours d’été et la musique, toujours la musique. C’est Maxime, héros imparfait, bourré de défauts, irritant mais irrésistiblement drôle et attachant, qui va nous raconter son été en s’adressant directement à nous, lecteur.

Même si l’on n’a pas lu les précédents volets (c’est le quatrième titre de la série) on peut se plonger avec délices dans les aventures loufoques de Maxime et de sa bande, les notes de bas de page, drôlissimes, résumant parfaitement la situation.

Un roman qui respire la joie de vivre, même dans les moments de tension, idéal pour les vacances, à déguster sur la plage ou à l’ombre au camping ; On s’y voit déjà. Pour ceux qui ne partent pas, il faut prendre le temps d’écouter la play-list qui rythme la lecture, titres repris par le groupe de rock ou écoutés dans la voiture descendant vers le sud. Cette bande son est l’occasion de découvrir, ou redécouvrir, des groupes que l’on n’aurait peut-être pas écouté …

Agnès Godin, La Cabane à Lire, Bruz

La gouvernante suédoise

Marie Sizun
La gouvernante suédoise
éditions arléa – 2016 – 307 pages – 20 euros

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Bientôt se levait, avec le souvenir des récits de tante Alice,
tout un passé 
semé d’ombres et de silences.

L’histoire familiale se conjugue au passé dans ce neuvième roman de Marie Sizun. La narratrice retisse les liens d’amour et d’amitié vécus par ses ancêtres : Livia, Hulda et Léonard. En 1873, Livia entre au service du jeune couple franco-suédois, Hulda et Léonard, en qualité de gouvernante. Hulda est une mère tendre mais débordée. Réticente à confier ses enfants, elle se laisse rapidement conquérir par cette jeune femme Livia dont l’autorité naturelle la rassure. Elles se lient d’amitié et leur vie à Stockholm se déroule dans un bonheur serein partagé par tous. Les affaires de Léonard les obligent à déménager en France, à Meudon. La famille connaît alors des problèmes financiers et vit dans un huit-clos mortifère. La relation amoureuse et adultère de Livia et Léonard, le départ de la gouvernante plongent Hulda dans la dépression malgré le retour de Livia et une nouvelle naissance.

La gouvernante suédoise est une histoire d’amour et d’amitié qui se conjugue à trois dans une tension permanente, se lie dans un frôlement, l’intimité de la nuit, un regard partagé, se dénoue en silence pour se recomposer à nouveau. Rien ne peut séparer Livia, Hulda et Léonard malgré la jalousie, l’éloignement, les ressentiments. L’équilibre de Livia, Hulda, Léonard est indissociable de ce trio sans cesse réinventé, aux multiples possibles, aux renoncements douloureux mais silencieux. Marie Sizun nous invite à remonter le temps, à réinventer des vies en compagnie de la narratrice et de ses « peut-être » qui jalonnent la narration. Ses intuitions nous happent et nous attachent à ces trois destins indéfectiblement unis : Livia est lumineuse et retenue, Hulda sensible et passionnée, Léonard apparait énigmatique et charismatique, de plus en plus ombrageux. De Stockholm à Meudon, ce huit-clos est porté par l’écriture délicate de Marie Sizun qui nous brosse chaque tableau par petite touche impressionniste. Nous sommes littéralement plongés dans les décors qui accueillent cette famille et la société bourgeoise de ces années 1867 – 1877. Un très beau roman qui s’inscrit logiquement dans l’oeuvre de Marie Sizun et son thème de prédilection – l’exploration de l’histoire familiale – mais La gouvernante suédoise réinvente avec talent l’univers de cette auteure sensible qui décrypte avec force et pudeur la subtilité des relations humaines.