Chronique littéraire

La géante

Laurence Vilaine

Zulma – 2020 – 17,50€

L’or fait courir le monde mais le monde se trompe de course

Noële nous conte une histoire d’amour dans laquelle s’entremêle de multiples destins forgés au pied de la Géante, montagne généreuse et protectrice. Arpentée par la Tante, Noële, Rimbaud, Maxim, Carmen, elle les accueille et leur offre, nuit et jour, de dérouler leurs peines et leurs espérances.

Dans la pénombre, j’ai cherché des traces, des empreintes de pas, des branches cassées, elle était forcément toute proche, passée par là juste avant et maintenant sans doute quelque part à reprendre des forces,  parce que si la Géante ronchonne et ressasse comme une aïeule, elle veille sur les humains, elle pose des pierres pour qu’ils s’asseyent,
fait dépasser des falaises
pour leur faire des toits et se serrer les arbres pour barrer le vent,  elle creuse des grottes et forcément la femme qui monte s’abritait dans l’une d’elles,  à l’écart des sangliers,
peut-être sur un tapis de mousse, elle méritait bien ça.

Au fil des lettres et des fagots, Noële, femme engoncée dans ses blouses, corsetée par son enfance douloureuse, va se laisser saisir par l’amour et la tendresse. Peu à peu, elle va libérer son corps et son esprit des pesanteurs du passé.

Chacun leur tour, mes pouces ont pressé mes paumes, fort et longtemps dans le creux, puis mes doigts se sont massés les uns les autres, depuis la peau fendillée entre chacun, tout le long jusqu’aux ongles – aucune de mes mains jusque-là n’avait pensé ainsi à se serrer,
à ne faire qu’une en prenant soin de l’autre.

Laurence Vilaine nous offre un roman bouleversant porté par une écriture puissante et poétique, ancrée dans une nature omniprésente et superbement mise en scène. Un décor naturel où se croisent des trajectoires singulières à laquelle l’autrice nous attache par petites touches, délicatement.

UN ROMAN LUMINEUX

 

Nous aurons l’immense plaisir
d’accueillir Laurence Vilaine
le 23 avril à La Dame Blanche – Port-Louis
& le 24 avril à L’écume…- Île-de-Groix

dans le cadre de la 9ème édition de notre manifestation poétique
Thé, café et poésie 2021

 

carte FCLB 2020

 

Bonne année 2021

En 2021
Partageons nos coups de 
cœur

Coups de coeur 2020

L’Odyssée d’Hakim, Fabien Toulmé
Trois tomes passionnants qui nous racontent l’exil d’un homme syrien et de sa famille.

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Continuer, Laurent Mauvignier
Un récit initiatique bouleversant, une histoire d’amour filial subtile et prenante.

Continuer

Une odeur de gingembre, Oswald Wynd
Un roman épistolaire envoûtant entre l’Ecosse, la Chine et le Japon.

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Des vies à découvert, Barbara Kingsolver
Une histoire des Etats-unis entre le XIXème et le XXIème siècle
à travers le destin de deux familles réunies par une maison croulante.
Une saga captivante.

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Ce qu’il faut de nuit, Laurent Petitmangin
Remuant et bouleversant, ce premier roman, empreint d’humanité, nous emporte.

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A très bientôt
dans les cafés-librairies de Bretagne

carte FCLB 2020

écureuil

 Après l’hirondelle
qui nous annonçait le printemps 2020,

Balade automnale en compagnie de l’écureuil
mis en scène avec brio
par Géraldine Collet et Olivia Cosneau

 

cureuil
Sarbacane – 2020 – 12,50 euros
Dès 18 mois

Une double-page colorée se déploie,
un œil se dessine mais…

Qui vit dans ce nid de brindilles et de feuilles ?

Pour le découvrir, à l’enfant de soulever le rabat et de dévoiler le mystère

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Agile, l’écureuil se révèle de page en page, de branche en branche, de haut en bas ; se raconte au fil des questions :

Que manges-tu petit gourmand ?
Des pommes de pin, des graines et des glands
que je croque à pleines dents !

Une balade en forêt tonique et vivifiante où l’on croise ours et renard, pic-vert et hibou, où l’on apprend les astuces et cachettes de notre ami tout roux, où l’on partage sa vie en solo ou entourés de jolis marmots.

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Comme pour tous les titres de ce duo inspiré,
cet album invite
à une découverte ludique, active et partagée

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de ce petit rongeur aussi vif que secret
qui se livre le temps d’une lecture joyeuse et virevoltante.

 

 

Vive la liberté

Le monde t’appartient
Riccardo Bozzi – Olimpia Zagnoli

Couverture le monde t'appartient

éditions Grasset – 13,50 euros – 2014

Le monde t’appartient.
Et tu appartiens au monde.

De quoi distiller de l’élan et de l’énergie aux plus petits en les invitant à entrer dans le monde, à s’en saisir et à se sentir intimement lié à lui. Message universaliste à partir duquel se décline une ode à la liberté, celle que l’on a la chance de vivre, celle que l’on devra aller chercher, celle qui nous invite à jouer, à aimer, à tenter. OU PAS.

libre - limite

A l’instar de ce cerf-volant qui s’envole, le texte épuré de Riccardo Bozzi nous rend léger tout en nous invitant à réfléchir à la liberté, à ce qu’elle nous offre à vivre et à partager.

libre de jouer

Des mots superbement accompagnés par le dessin graphique et coloré d’Olimpia Zagnoli qui illustre merveilleusement le mouvement de la vie, celui des corps et des esprits.

Un album éminement poétique
à retrouver pour lire et

jouer, 
jouer,
et jouer
encore.

Couverture le monde t'appartient

Métropoèmes

Maram al-Masri

Bruno Doucey – 2020 – 16 euros

Victor Hugo

viens avec moi dans le métro
déshabille-nous jusqu’à l’os
habille-nous d’un poème
regarde autour de toi
vois la beauté
vois la laideur
écoute les cœurs

Viens avec moi
apporte avec toi, poésie
l’imagination et le rêve
dont nous avons tant besoin.*

La poésie de Maram al Masri s’empare du métro, de ce peuple de l’ombre qui chemine de couloirs en wagons, de ces vies qui se croisent sans se rencontrer. Sauf ces regards fugaces d’un quai à l’autre, sauf ce conducteur qui ouvre sa porte, sauf ces éphémères instants d’humanité.
Ce voyage nous emporte d’une ligne de métro à l’autre et nous invite à la rencontre en compagnie de cette grande poétesse syrienne qui sait tendre la main, regarder la solitude et la misère, éprouve de la tristesse et de la joie face à tous ses semblables dont les destins se côtoient le temps d’un trajet partagé.

Nation

Le même wagon
nous transporte
Chaque minute affluent de nouveaux corps
qui maquillent leurs secrets et leurs odeurs
comme une femme chauve qui enfile une perruque

Il y a celui qui n’a pas dormi
Il y a celui qui vient de sortir de son lit
Il y a celui qui a encore des baisers accrochés à ses lèvres
et celui qui est en train de les donner
Il y a celui qui était au travail et celui qui y va
celui qui a quitté un être cher et celui qui est quitté
celui qui pleure et celui qui rit
celui qui mange
et celui qui trouve

que la mer

est encore loin.**

 

Avec Maram al Masri, il y a aussi les yeux qui fuient la réalité quand le trop plein de douleurs a fait son œuvre. Mais, la force de sa poésie, sa capacité à créer les possibles, ses mots ciselés ouvrent les horizons les plus obscurs et les plus souterrains :

Saint-Germain-des-Prés

Ne laisse pas tes rêves
dans ton lit
L’obscurité les mangera
comme les tomates
que les mères syriennes
mettent à sécher sur les toits.

Ne chausse pas tes pieds
pour descendre dans la rue
Chausse les pieds de tes rêves
eux seuls peuvent te faire marcher
danser
et même

voler.***

 

Un recueil indispensable !
à lire & à partager au fil des stations
entre poèmes de Maram al Masri
& poètes invité(e)s

Il sait peut-être,
le nuage,
de quel pays il vient…****

*Extrait poème p.135 – 136, Victor Hugo, ligne 2 direction Porte Dauphine, Métropoèmes
**p.55, Nation, Métropoèmes
***p.47, Saint-Germain-des-Prés, Métropoèmes
****p.68, Darciella Rwabahenda Keza, 6 ans, Grand Prix Poésie RATP 2018, Métropoèmes

Le livre est-il écologique ?

Une chronique d’Elise Feltgen
Le Temps qu’il fait
Mellionnec – 22

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Juste avant le confinement, j’avais reçu à la librairie un livre édité aux éditions Wildproject dans la collection Petite bibliothèque d’écologie populaire dont le titre avait retenu mon attention 

Le livre est-il écologique ?

Dans la plupart des cas, la réponse est évidemment non. La chaîne du livre répond à des logiques marchandes et mondialisées et se préoccupe assez peu de l’état de nos écosystèmes, sauf lorsque la thématique devient tout à coup rentable et qu’il faut alors se presser de sortir des nouveautés (imprimées à l’étranger sur des papiers provenant en grande partie d’Amérique du sud) sur la permaculture ou la fabrication d’éponges en tissus recyclés.

En tant que libraire, passionnée par les questions soulevées par les sciences humaines et l’écologie actuelle, je m’étais souvent posée la question, sans aller beaucoup plus loin devant l’ampleur du problème : nombre hallucinant des publications annuelles et pilonnage intensif, provenance des papiers, imprimeurs délocalisés, transports, emballages, normes FSC et PEFC insuffisantes ( à propos de la gestion des forêts de notre territoire, je vous conseille d’ailleurs l’excellent documentaire de F.X. Drouet, Le temps des forêts)…

Si j’avais voulu présenter en rayon seulement des livres fabriqués de façon écologique, ma sélection aurait été de beaucoup amoindrie et c’est un euphémisme !
Heureusement, vous auriez pu trouver dans la librairie quelques très bon titres, édités notamment par Wildproject ou Zones sensibles.

 

Le temps qu'il fait

Et à quoi ressemblerait une librairie dans un monde différent ?

Un tel lieu aurait-il un sens ? ça j’en suis persuadée mais comment pourrait-il exister si justement la chaîne du livre se mettait à dysfonctionner ?

Dans le contexte actuel de pandémie, cette question devient brûlante. J’ai donc ouvert le livre : en 2019, une association pour l’écologie du livre a été crée par différents acteurs et actrices du monde du livre et de la lecture, dans l’idée « d’œuvrer à la diffusion des idées de l’écologie » auprès de l’ensemble de la filière.

ecologiedulivre.org

Ce petit ouvrage, Le livre est-il écologique ?, donne une idée des réflexions passionnantes menées par ce collectif. Il commence avec l’interview – déjà publiée dans Un sol commun, Lutter, Habiter, Penser, Marin Schaffner, Wildproject – de la libraire Anaïs Massola qui expose l’importance du métier de libraire pour la préservation de la bibliodiversité.

Nous entendons aussi le point de vue d’un éditeur –  Alexandre Laumonnier, Zones sensibles – soucieux des questions écologiques. L’autre bout de la chaîne n’est pas éludé, car l’entretien suivant est mené avec le forestier Daniel Wallauri engagé chez WWF France.

Le grand mérite de ce tout petit livre est aussi d’y avoir réuni quelques nouvelles d’éco-fictions, qui imaginent des librairies d’un genre nouveau. Si toutes les propositions ne m’ont pas également séduites, la démarche est à saluer, car c’est en faisant bouger les imaginaires qu’on peut espérer construire quelque chose de différent.

Imaginons donc une autre façon de concevoir la vie d’un livre
quelle que soit notre place dans cette chaîne
éditeur/trice, libraire & aussi lectrice et lecteur. 

Carte FCLB avec Ulysse à l'Ouest

Un samedi au Japon

Entre essai poétique
& roman humaniste

 

Haïkus & changement climatique,
le regard des poètes japonais

Alain Kervern
Géorama – 2019 – 12€

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Le coup de cœur de Didier Labouche – Le Chenal – Porspoder

La dialectique culture-nature que vivent, en particulier, les poètes de haïku prend un tour aigu face aux évolutions de ce qui semble devenir une dégradation généralisée de l’environnement naturel de l’humanité. Le réchauffement climatique et les dérèglements qu’il entraîne ont un impact de plus en plus préoccupant sur la diversité biologique. La poésie du quotidien dont se nourrissent les haïkus bascule peu à peu dans une autre réalité, plus mouvante, plus incertaine et les poètes de haïku, inlassables scrutateurs des métamorphoses saisonnières, assurent de plus en plus nombreux une véritable veille écologique face à des évolutions climatiques jusqu’ici inconnues. Grand spécialiste du haïku et de la culture japonaise, Alain Kervern signe un essai visionnaire et passionnant sur le regard des poètes face à cette réalité climatique.

Au fond de la nuit
s’éteignent l’une après l’autre
les lucioles pour toujours

Hosomi Ayako (1909 – 1997)

 

 

Les miracles du bazar Namiya
Keigo Higoshino
Actes Sud – 24€ – 2020

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Le coup de cœur de Soazig Le Sann – Le Bel Aujourd’hui – Tréguier

Monsieur Namiya, propriétaire du bazar, avait l’habitude de répondre le plus honnêtement possible aux demandes de conseils qui lui étaient adressées, et ses réponses étaient parfois très utiles aux habitants de cette petite ville de province, proche de Tokyo. Comment se fait-il qu’après la mort de Monsieur Namiya et la fermeture de son bazar, les demandes de conseils continuent d’arriver, ainsi que les réponses ?

Ce lieu mystérieux, sorte de pont entre passé et présent, permet à l’auteur d’explorer l’évolution de la société japonaise depuis les années 60. L’intrigue est parfaitement maîtrisée et les paradoxes, écueils inhérents aux récits de voyage dans le temps, sont évités. C’est pour moi un livre très très réussi !

A bientôt

Les coups de coeur de la Dame Blanche

Quatre propositions littéraires
où il est question d’humanité,
d’amitié avec l’animal

& d’un monde à réinventer

 

DOMINIQUE

Marion Brunet
Vanda
Albin Michel – 18€ – 2020

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Après L’été circulaire, Marion Brunet revient avec un roman tout aussi sombre et désespéré. Vanda est une jeune femme qui vit en marge dans une bicoque sur une plage du sud, seule avec son fils Noé. Son fils, c’est sa raison de vivre, ce qui la retient dans le monde des vivants. Leur relation est fusionnelle et exclusive. Alors lorsque le père de Noé découvre l’existence de l’enfant et fait irruption dans leur vie afin de prendre sa place, l’équilibre fragile que Vanda a construit vacille. La peur, la fureur et la rage s’emparent d’elle et la voilà louve, prête à tout pour protéger son petit.

Il y a 20 ans disparaissait Jean Claude Izzo, grand auteur et témoin de la misère des « gens de peu ». Marion Brunet est incontestablement sa digne héritière.

 

La DB Librairie

Nastassja Martin
Croire aux fauves
Verticales – 12.50€ – 2019

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Nastassja Martin est anthropologue, spécialiste des peuples du Grand Nord. Croire aux fauves est le récit d’une rencontre qu’elle a subie en 2015 avec un ours brun dans les montagnes du Kamtchatka. Si elle n’avait pas eu un piolet à portée de main, l’ours l’aurait probablement tuée. La confrontation inattendue et brutale avec le monde sauvage l’amène à s’interroger intensément sur le sens de son métier, de sa vie, de ses choix, de son rapport au monde, à la nature, aux autres…Les innombrables questions qu’elle pose dans son livre nous invitent à plonger dans une rêverie parfois poétique, parfois philosophique…et n’est-il pas réjouissant de nous entendre dire avec elle

La situation de crise me paraît toujours bonne à penser
parce qu’elle recèle la possibilité d’une autre vie, d’un autre monde.

 

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l’Homme Etoilé
A la vie !
Calman-Lévy graphic – 16.50€ – 2020

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Rien que le titre et le nom énigmatique de l’auteur donne envie de saisir cette BD en ces temps où la maladie et la mort ont envahi notre quotidien. L’homme étoilé est infirmier en soins palliatifs, il est décrit comme « un marshmallow coincé dans une armoire à glace » par une de ces collègues. Il est tatoué, fan de rock et de la Suède. C’est avec son énergie, parfois ses doutes, son émotion ou ses agacements, bref avec toute son humanité qu’il accompagne les personnes en fin de vie dont il fait le portrait. Le résultat est tout sauf larmoyant et triste. On aurait presque envie de mourir à condition qu’il soit à nos côtés ! A l’heure où on ne sait plus comment remercier le personnel hospitalier, ce livre est un vrai cadeau.

Carte FCLB avec Ulysse à l'Ouest

Guillaume Guéraud
Les trois enterrements de mon chien
Rouergue Dacodac – 8.80 euros – à partir de 9 ans – 2020

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Ce livre pour enfants est la preuve que l’on peut beaucoup rire autour d’un sujet à priori triste. Le chien Babino est mort. Se pose alors la question pour son jeune maître et ses trois compères d’un enterrement digne de toute l’amitié qu’ils portaient à l’animal. La chose n’est pas aussi simple qu’on peut l’imaginer…Creuser un trou adéquate, rédiger l’épitaphe et faire un discours à la mémoire de, traverser les souvenirs ensemble en laissant couler quelques larmes. Le deuil à hauteur d’enfant est à la fois bien plus tragique et plus drôle qu’aux yeux des adultes.

 

LA DAME BLANCHE
PORT-LOUIS
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Les coups de coeur du Tagarin

Cinq romans – cinq destins
entre force de vie – force de la nature
& force de vie

Richard WAGAMESE
Starlight
éditions Zoé – 21€ – 2019

Starlight

Ce roman est une magnifique parenthèse… Une histoire, qui débute dans un monde (violent, hideux, écœurant) et se termine dans un autre (beau, sauvage, naturel…). Pour y aller, nous empruntons un chemin abrupte parfois, traversant une nature magnifique (le Sud-Ouest canadien) et nous apprenons à regarder, voir, sentir… Nous suivons cette route avec un guide nommé Franck Starlight. On le découvre fermier et photographe, libre, généreux. Nous rencontrons avec lui Emmy et sa fille Willy, cabossées de la vie, et nous les suivons dans leur découverte de la liberté, ou du bonheur, ou tout simplement de ce qui devrait être la vie… naturellement. Une écriture précise, subtile, simple et riche. Un texte sans mot de trop, comme Starlight qui ne parle pas si cela n’apporte rien de plus.

PS / Pour ceux qui connaissent l’œuvre de R. WAGAMESE, le Franck dont on suit le chemin est le Franck, personnage principal du livre « Les étoiles s’éteignent à l’aube », devenu adulte. 

 

Carte FCLB avec Ulysse à l'Ouest

Etaf RUM
Le Silence d’Isra

éditions L’Observatoire – 22€ – 2020

ISRA

Un roman sur l’histoire contemporaine d’une partie des femmes encore aujourd’hui dans le monde. Ici cela se passe dans certaines familles en Palestine et dans le quartier de Brooklyn aux Etats-Unis.

Ils décident, Elles obéissent.

Tu as 17 ans, on te marie, tu changes de famille, de pays parfois, tu fais des enfants et tu es au service des hommes. La tradition, ou doit-on dire la religion, fait le reste. Ce roman nous parle avec beaucoup de délicatesse d’Isra et de ses rêves, de ses quatre filles et de sa honte de ne pas avoir de garçon ; de Sarah et de son courage ; de Déya et de sa curiosité, de Farrida, pour qui son foyer et sa famille sont devenus sa seule vision du monde. Comment l’une reproduit ce qu’on lui a imposé au nom de l’honneur ; comment d’autres le supportent et comment l’une d’entre elles s’en échappe, trouvant la force de se rebeller dans la littérature. L’écriture d’Etaf RUM traduit avec beaucoup de finesse les doutes, les espoirs, les déceptions, les aspirations de toutes ces figures féminines

Peut-on parler de lâcheté ou de religion ? De fidélité ou d’ignorance ? Encore un livre de femmes qui parle aux femmes ? Non, bien plus que cela, un cri de liberté et peut-être un espoir pour toutes celles qui subissent, encore et encore, le pouvoir des hommes.

La couverture (reproduction d’une œuvre d’Helen Zughaib intitulée Women against the night) traduit un peu de la force de l’écrit qui est à l’intérieur.

 

Le Tagarin - façade

Bartabas
D’un cheval l’autre
éditions Gallimard – 20€ – 2020

Bartabas

Magnifique ode au cheval. Chaque chapitre est un bout de chemin partagé avec un compagnon équin qu’il a aimé, accompagné, découvert. Un homme, connu soit par ses spectacles équestres grandioses, soit par sa réputation assez controversée qui le précède, se livre au-travers de sa passion. Ici se déploient son amour du cheval, sa magnifique façon de décrire l’animal mais surtout son approche de la personnalité de chacun et sa capacité à communiquer avec eux.

Parfois un peu technique, il vaut mieux être passionné de cheval pour se lancer dans ce livre d’amour.

 

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OWENS Delia
Là où chantent les écrevisses
éditions Le Seuil – 21,50€ – 2020

Les écrevisses

Un magnifique roman au cœur des marais de Caroline du Sud. Une destinée incroyable. Un souffle qui nous tient du début à la fin, un fil rouge que l’on suit avec curiosité et attention, une petite fille attachante et tellement forte, des personnages qui nous restent en mémoire très longtemps, une atmosphère, un monde à part.

La nature, les oiseaux et un mystère.

Découvrir des mondes et s’y engouffré avec plaisir pour comprendre… Très très beau roman, plein de souffle de vie, d’espoir, de force et de courage.

 

Jardin Le Tagarin

ROSSI Clément
La Dissonnante
éditions Gallimard – 18€ – 2019
La dissonante

    L’oreille pour un chef d’orchestre… c’est comme le pouce pour un cuisinier ou la main pour un horloger… Un texte sur le ressenti de la musique, le ressenti de la voix, de l’orchestre, du chœur, du monde de la musique, d’une soprano. De répétition en répétition d’un opéra, nous les vivons de l’intérieur, c’est passionnant.. Puis la cassure, la fracture, le monde s’écroule. Ce chef d’orchestre, fragilisé, vient se ressourcer en Bretagne. Plage, mer, force des élément marins. Cette écriture est belle et précise. On est touché par l’angoisse de cet homme qui nous agace pourtant beaucoup ! Original et touchant.

 

Le Tagarin
Etables-sur-Mer

Tu m’avais dit OUESSANT

Gwenaëlle Abolivier

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LE MOT ET LE RESTE – 2019 – 17€

Tous te le diront, sans exception
A mesure que les navires se sont éloignés, l’île a changé

A mesure que les hommes ne sont plus partis, l’île s’est éteinte

Plongée sensible dans Ouessant en compagnie de Gwenaëlle Abolivier qui nous embarque au plus près de l’âme de cette île du Ponant. L’ile aux 5 phares, telle qu’elle s’en approche, telle qu’elle la perçoit au fil de ses rencontres, de ses balades à vélo portée par le vent, de ses promenades nocturnes et solitaires, accompagnée par le faisceau des phares. Ouessant, port ouvert sur le monde, pays de solitudes. Ici, le destin de chacun(e) est affaire de vent et de marées, d’obscurité et de lumière, d’aventures au long cours et de voyages immobiles.
Depuis la chambre de veille, sous le ballet des optiques, Gwenaëlle Abolivier porte son regard au loin pour mieux sonder l’intime, éprouver les lieux, ressentir ce que la terre, la mer et le ciel ont à nous dire. Car, à Ouessant, ce sont les éléments qui donnent le rythme, le tempo.

Va et on te le dira : quoi qu’il arrive l’île est plus forte que tout ! La fascination réside peut-être là. C’est la nature qui a le dernier mot. Si en ville nous sommes déjà des hommes augmentés ou en passe de le devenir, ici, le ciel et ses déchirures, l’aveuglement du soleil et la furie de la mer, nous rappellent à notre fragilité.**

Une fragilité source de force, de vie et de mouvement permanent, entre soi et les autres, le dehors et le dedans, l’ici et l’ailleurs. Ce récit d’arpentage est un hymne poétique à la nature, à l’humain ; un instant suspendu, mélancolique et revigorant ; une histoire de sel et d’écume tendue vers l’avenir.

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Gaëlle Pairel, coordinatrice de la FCLB

*p.55 in Tu m’avais dit OUESSANT
**p.181 in Tu m’avais dit OUESSANT