Archive: Août 2016

Roman ado déjanté… coup de coeur de La Cabane à Lire

Jeremy Behm

Mon ami Arnie 

Éditions Syros – 14,95€

MonAmiArnie

à peine eu-je pris la décision d’emprunter le raccourci que je le regrettai amèrement. Pile à mi-trajet, adossé contre un mur, les bras croisés, se tenait le grand blond à dégaine d’échassier qui s’appelait Craig. Je tentai de rebrousser chemin, mais il était déjà trop tard. Derrière moi venaient d’apparaître ses trois lieutenants qui me bloquaient maintenant le passage. Le piège s’était refermé sur moi.

Fox aime Mia et c’est plus important que le serial-killer qui terrorise leur petite ville. Tout l’été il a travaillé pour lui offrir la bague de ses rêves. Le jour de la rentrée, racketté, il se la fait voler. C’est alors que le plus impopulaire de ses camarades de classe, Arnie, lui propose un plan glauque : cambrioler le bureau de son père…

Racontée à tour de rôle par les différents protagonistes, de fausse bonnes idées en mauvais plan annoncé, l’histoire se déroule telle une chute de dominos que l’on ne peut stopper.

L’auteur sait entrer dans le monde et la tête des ados d’aujourd’hui. Grâce à un style percutant et jubilatoire et à des dialogues enlevés, ce roman se lit comme un épisode d’une série américaine, aussi déjanté et addictif qu’un film de Tarantino !

à partir de 14 ans

Agnès Godin, La Cabane à Lire

L’album jeunesse à découvrir…

Didier Lévy, Magali Le Huche

Vive la danse !

Éditions Sarbacane, août 2016

Album jeunesse – 32 pages – 14,90 euros

couv vive la danse

Hector va donc au cours de danse de madame Ivanova, à deux pas de là.

Que des filles qui le regardent avec des yeux ronds !

Que des filles qui chuchotent dans son dos !

Hector veut s’enfuir. Mais dès qu’il entend le piano,

dès qu’il voit les arabesques : COUP DE FOUDRE !

 

L’auteur Didier Lévy et l’illustratrice Magali Le Huche nous offrent une histoire jubilatoire, drôle et tourbillonnante. Tourbillonnante comme la danse qui s’impose au bondissant Hector qui épuise ses parents à force de gesticulations. La solution : le cours de madame Ivanova. Une révélation pour Hector qui danse désormais TOUT LE TEMPS au grand dam de son père et de sa mère qui veulent arrêter ses entrechats. Le jeune garçon refuse de renoncer à son bonheur et s’envole littéralement emportant avec lui sa famille et le lecteur dans une ronde libératrice.

Le texte et l’illustration rythment avec énergie, humour et délicatesse la lecture de cet album. Les aventures dansantes du jeune Hector s’incarnent dans le mouvement permanent des mots et du trait :

Madame Ivanova plaque alors un énorme accord sur le clavier, et zou ! La famille toute entière est projetée dans le ciel !!!

Et, le toit de s’ouvrir sur le ciel et la famille envolée. Nos yeux suivent avec bonheur les pirouettes d’Hector, le chien Pistache, les mimiques du chat de madame Ivanova, son chignon tenu et plein quand les coiffures d’Hector et de ses parents sont tout en déliés et en tournicotis. Le dessin sort du cadre, se fait léger et vif ; la narration imprime un tempo entraînant et joyeux tout en évoquant, entre deux cabrioles, des thèmes profonds comme le regard d’autrui, la réalisation de soi, la connaissance de l’autre. Vive la danse ! à lire et à relire pour savourer encore et encore la joie qui se niche dans cet album savoureux.

Gaëlle Pairel , coordinatrice de la FCLB

Coup de coeur de l’équipe des Bien-aimés à Nantes

Jonas Gardell

N’essuie jamais de larmes sans gants

Éditions Gaïa, 590 pages – 24 Euros

En librairie dès le 09 septembre 2016

nessuiejamais

Cette journée d’août s’en est allée sans un nuage dans le ciel, mais à travers les fenêtres condamnées du service d’isolement l’été ne pénètre pas. L’homme dans le lit est terriblement amaigri et marqué par un sarcome de Kaposi au stade avancé. Il n’a plus que quelques jours à vivre. Depuis quelque temps il a presque cessé de parler. Il reste alité, apathique, mutique. Il lutte. Parfois il pleure. De douleur ou de chagrin, personne ne le sait. Deux femmes accomplissent leurs tâches en silence dans la chambre dépouillée dont les fenêtres ne sont jamais ouvertes, dont la seule sortie est constituée d’un sas ouvrant directement sur la cour. Elles s’affairent autour du corps dans le lit comme des prêtresses officient autour d’un autel. 

 

Rasmus vient d’avoir son bac et quitte la Suède profonde pour la capitale. À Stockholm, il va pouvoir être enfin lui-même. Loin de ceux qui le traitent de sale pédé. Benjamin est Témoin de Jéhovah et vit dans le prosélytisme et les préceptes religieux inculqués par ses parents. Sa conviction vacille le jour où il frappe à la porte d’un homme qui l’accueille chaleureusement, et lui lance : « Tu le sais, au moins, que tu es homosexuel ? ». « C’était comme une guerre en temps de paix »
Les années ont passé, en France comme en Suède, il est grand temps de transmettre la mémoire de ces années où une génération a été décimée. Sid’amour à mort comme l’a si bien résumé Barbara. Jonas Gardell ne joue dans ce magnifique roman d’aucun suspens, tout est là dès le début, la maladie, la mort qui fauche une jeunesse libre de son corps et son montage littéraire propose, comme un tourbillon, de s’approcher au plus près de notre humanité.
Le roman progresse en allers & retours, on avance, on zoome, on recule pour mieux appréhender le contexte et on est accroché à ces héros amoureux de la vie. L’expérience de la lecture de ce roman fait penser au plaisir de suivre une série où petit à petit les personnages nous sont dévoilés, évoluent, on les perd, on les retrouve, certains disparaissent et le fleuve de leur vie se nourrit pour nous abreuver d’une joie de vivre, malgré tout. Le vœux d’honnêteté et d’hommage de Jonas Gardell à tous ces disparus qui furent avant tout fiers de leur liberté est extrêmement touchant à lire. Du romanesque pur.

L’équipe des Bien-aimés

Les coups de coeur de Livres In Room

Laurent Mauvignier
Continuer
Éditions de Minuit – août 2016

continuer - Laurent Mauvignier

Sibylle est une femme d’une quarantaine d’années, maman d’un ado qui dérape, tant dans les idées que dans les actes. Alors pour l’éloigner de son quotidien, elle l’embarque dans une randonnée à cheval dans les paysages sauvages du Kirghizistan. Quelques mois loin de la France pour tenter de se retrouver et d’ouvrir le dialogue.
Au cours de ces longues chevauchées, le lecteur découvre que Sibylle n’a pas toujours été cette femme effacée, fatiguée par la vie. Plus jeune, elle s’est battue pour des idéaux, pour une société plus juste. Jusqu’à ce que la vie la freine dans son élan. Alors elle veut que ce voyage inculque à Samuel des valeurs, qu’il comprenne que ce sont des choses simples : « les autres, le respect des autres, écouter les autres » afin qu’il ne sombre pas dans la délinquance et qu’il s’ouvre au monde.
C’est un texte très singulier que nous offre Laurent Mauvignier. Les personnages sont décrits avec justesse et on aimerait pouvoir les prendre par la main et leur glisser à l’oreille : ça va aller.
Continuer est un roman qui nous plonge au cœur de l’humain, face à ses incompréhensions, ses non-dits, ses limites. C’est aussi le roman d’un projet un peu fou pour tenter de continuer à vivre tout simplement.

Pauline Kermanach – Librairie Livres in Room, Saint-Pol-de-léon

 


Annick Geille
Rien que la mer
Éditions La Grande Ourse – août 2016

Rien que la mer - Annick Geille

À soixante ans d’intervalle, un homme et une femme attendent un désastre auquel ils ne veulent pas croire.
Lui, jeune radio à bord du Strasbourg dans le port de Mers el-Kebir, attend les prochains ordres alors que la France vient de signer un armistice avec l’Allemagne et que la flotte anglaise vient d’apparaître en Méditerranée. Elle, dans le restaurant d’un hôtel en Bretagne, attend en vain le retour de l’homme de sa vie, qui s’est absenté précipitamment. Tous deux vont voir leur vie basculer. Lui, un des rares survivants de l’attaque anglaise, portera un sentiment de culpabilité et d’incompréhension le reste de sa vie. Elle, voit son existence s’écrouler et aucun avenir pour une nouvelle relation.

Au travers de ces deux histoires, Annick Geille nous propose deux reconstructions à la suite d’une trahison. Les interrogations, les craintes et les incertitudes que cette femme éprouve face à sa situation, face aux regards qu’elle rencontre, face au regard qu’elle porte sur elle, placent le lecteur, avec justesse, dans le même état d’esprit que le personnage.
En face, le portrait de ce jeune homme, marin passionné par la mer et qui ne pourra plus jamais la voir comme avant, est d’une grande intensité. Ce roman est aussi un très bel hommage au père de l’auteur, ainsi qu’à tous ces marins pour qui la mer est la seule raison de vivre.

François Michel – Librairie Livres in Room, Saint-Pol-de-Léon


Florence Seyvos
La sainte famille
Éditions de l’Olivier août 2016

La sainte famille - Florence Seyvos

 

Comme une promenade dans nos vies d’enfants…

Florence Seyvos nous offre un magnifique texte sur l’enfance et les souvenirs qui construisent nos vies d’adultes. Comme des instantanés, chaque chapitre nous ramène à ce commencement : les vacances au bord du lac, la baignade interdite au crépuscule, les peurs irrationnelles, les plaisirs simples, les petits bonheurs, les bruits familiers, les odeurs de la maison de famille mais aussi la transgression, les premiers émois, l’école qui dresse, la religion qui cadre, et puis la famille, elle-même, sa pudeur, ses non-dits… Un roman tendre, vif, amer aussi.

Laissez-vous prendre par le récit de Suzanne, par ces vacances au bord du lac, ces retrouvailles annuelles avec la douceur de ceux qui nous aiment. Mais avec le temps qui passe, l’insouciance cède doucement la place aux choses sérieuses, celles qui nous échappent mais auxquelles on ne peut échapper.

Il est de ces romans qui convoquent le passé, nous rappellent que grandir n’est pas toujours chose facile. De ces romans à la fois universels et uniques ou chacun retrouve une part de son enfance et laisse au personnage le soin de se débattre avec ses mauvais souvenirs. Car, oui, c’est certain, l’enfance laisse aussi des cicatrices aux adultes qu’ils vont devenir.

Gaëlle Maindron – Librairie Livres in Room, Saint-Pol-de-Léon

Roman ado & rentrée littéraire

Mikaël Ollivier

Tu ne sais rien de l’amour

Éditions Thierry Magnier, Paris,2016

235 pages – 15,90 euros

Couv.TUNESAISRIEN

 

En librairie – nouveauté littéraire

 

Je n’avais jamais vécu aussi intensément, sans doute parce que j’avais conscience que j’étais en train de traverser des minutes que je n’oublierai jamais, ce qui n’arrive pas souvent dans une vie. La plupart du temps, on ne se rend compte que bien plus tard, parfois des années après, que tel ou tel événement a été primordial, décisif, ou bien simplement qu’on ne l’a pas oublié ! Là, je savais être en train de vivre l’un des moments les plus marquants de mon existence, qu’elle s’avère courte ou longue. C’était un moment d’histoire, de mon histoire, qui s’écrivait. 

Nicolas vit à côté de Chartres avec ses parents et Malina, la jeune voisine qui a emménagé chez eux. L’histoire de ces deux adolescents s’écrit depuis qu’ils sont tout petits. Ils semblent être destinés l’un à l’autre. Mais, grandir agit sur les rêves et la vie joue des tours à ceux qui veulent la maîtriser. Nicolas nous raconte son histoire, celle de sa famille alors qu’il est désormais étudiant en médecine à Strasbourg, loin des siens. Sa narration commence après un cauchemar, le rêve du chien noir. Un songe en lien avec l’enfance, ses parents, son amour pour Malina qui s’émousse peu à peu. Une trajectoire qui se révèle au fil des pages de ce roman initiatique.

Mikaël Ollivier est juste lorsqu’il aborde les états d’âme de Nicolas, son errance adolescente, sa colère, ses doutes, son désarroi aussi lorsqu’il découvre que la vie de ses parents lui échappent. Comment accepter que les sentiments des grands se partagent ? Les relations entre lui et son père touchent par cette pudeur qui les fait se côtoyer de loin puis se rapprocher. À ses côtés, il apprend la force et la subtilité des sentiments. Ses leçons de vie paternelles lui reviennent lors de cette nuit d’insomnie, pendant laquelle, jeune étudiant, il rencontre Juliette. Dans un Strasbourg endormi, ils vont s’accompagner et Nicolas va se délivrer de ses secrets de famille. Un roman intéressant sur la difficulté d’être et de devenir mais le coup de théâtre final vient alourdir un horizon qui se dégageait enfin pour le narrateur…

Gaëlle Pairel , coordinatrice de la FCLB

Coup de coeur Rentrée littéraire

Les libraires de la Fédération des Cafés-librairies vont, dès la rentrée, partager avec vous leurs coups de coeur.

En avant première, une chronique du nouveau roman de

Valentine Goby

Un paquebot dans les arbres

Éditions Actes Sud, 267 pages – 19,80 Euros

En librairie depuis le 17 août 2016

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Quand elle est prête elle entre en scène et s’enfonce droit parmi les danseurs. Elle veut être dans la turbulence, planquée et poreuse. Droite, gauche, droite gauche droite. Elle danse à pas étroits. Un cha cha, deux cha cha, trois cha cha. Autour, des garçons et des filles en rempart, l’odeur de sueur, de talc, de Cologne, au-dessus les lumières blanches qui font des taches devant tes yeux quand tu les fixes plusieurs secondes. Droite, gauche, droite gauche droite.Ce n’est pas l’accomplissement d’une juste chorégraphie qui électrise Mathilde, c’est le mouvement lui-même, comme courir, nager, bondir, sauter, grimper, joie pure du mouvement 

Tout est affaire de corps dans ce roman de Valentine Goby, récit sensible et puissant. Corps qui s’aiment avec pudeur et force. Corps qui luttent contre la maladie, la faim, les malheurs qui frappent. Corps qui s’affranchissent de la douleur, de l’enfermement et de la misère ambiante par la danse, la musique, l’amour, l’éloignement, la mort.

Tout commence au Balto, le café du père, Paulot, et son harmonica qui distribue la joie de vivre aux clients de la Roche-Guyon. Puis, la tuberculose fait imploser la vie de la famille. Paul et Odile, les parents, partent au sanatorium d’Aincourt, Annie la sœur aînée s’échappe, Mathilde, la cadette, et Jacques le petit dernier sont répartis dans des familles d’accueil.

Mathilde se bat contre le mépris des uns, la condescendance des autres, la misère, l’inconséquence de ses parents. Elle met sa vie au service du bonheur des siens jusqu’à l’épuisement, la perte de Mathieu, l’oubli de soi.

Après la chute, Mathilde se remet en mouvement, se libère de toute pesanteur sans rien renier de l’amour qu’elle porte aux siens.

Un paquebot dans les arbres raconte la France des années 50 et 60, des bals populaires, de la guerre d’Algérie, des exclus des Trente Glorieuses. Un décor contre lequel se frotte Mathilde, adolescente bouleversante, qui refuse ce qui semble écrit d’avance. Cette énergie à vivre et à aimer, ce goût des autres, cette quête de soi sont portés par une écriture incisive et sensuelle.

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Un roman haletant, intense et lumineux

Gaëlle Pairel , coordinatrice de la FCLB